Amoncelés tel du bétail dans les transports en commun, vitrine du développement technologique au service de l’usager, la lutte est féroce pour une survie peu certaine.
À droite, le mec en costard trois pièces. Un bureaucrate sûrement qui partage malheureusement une pièce avec des objets inanimés. De toute évidence, il n’a pas échangé avec une tierce personne, aujourd’hui. Il garde les mâchoires serrées et soupire de temps à autres parce que le train se traîne. À chacun de ses soupirs de lassitude, des relents de cavité buccale trop longtemps close emplissent la rame de train. Je me plonge alors le nez dans l’écharpe.
À gauche, comme pour rendre encore plus pénible ce périple urbain, un groupe d’étudiants. Force est de constater que leur dernier repas a été un fast food pris à la va vite. Il transportent pour le bonheur de nous autres avec eux des sacs contenant les restes de leurs victuailles. Ils empestent le graillon, la bouffe trop grasse et la viande grillée. Je sens un haut le cœur dans ma poitrine.
En face, le noceur, de lui, se dégagent des effluves non identifiables signe des affres de la veille. Il se noie dans un cocktail Molotov d’alcools frelatés et oh combien odorants qui explose à chacune de ses eructations (spasmes physiologiques); rots et hoquets. Je suis au bord du malaise.
Derrière moi, adossé au dos de mon siège, l’inconnu, Monsieur tout le monde, celui qui bouillonne de l’intérieur. Celui là même qu’on imagine incapable de nous asséner le coup de grâce. Pourtant son choix de rester debout accolé au strapontin aurait dû nous alerter et même nous inquiéter car être assis s’avère être un handicap dans cette jungle du pestilentiel. Son geste ‘’avant-arrière’’ du bassin contre le dossier du siège venait de sonner notre arrêt de mort. Il venait de lâcher une bombe sale. Elle anéantit tout sur son passage y compris ma relative paix et la candeur d’un enfant dans sa poussette plus loin. Cette ogive nucléaire venait de réveiller notre noceur, de pétrifier nos étudiants et de faire jurer notre bureaucrate. Les mots me manquent encore pour décrire l’abomination dans laquelle nous gisions tous aussi désemparés les uns que les autres. Cet inconnu avait nonchalamment lâcher une caisse comme on le dit vulgairement. Et une énorme, je vous assure. Je capitule. Je descends. Je ne suis pas de taille. Aucune armée ne peut protéger d’une telle attaque.
Bref, dans ce siècle-ci, nul besoin de bombes ou d’armes, le pet reste sans conteste possible l’arme absolue pour mettre tout le monde à terre et même plus bas que terre.