« Braver la tempête intérieure : Un récit authentique du mal-être »

Parfois il m’arrive de sombrer et à ce moment-là je me rends compte qu’au fond du trou il n’y a que moi. J’adore la banalité avec laquelle je peux me rendre compte que je suis seule. Il n’y a rien que je puisse faire pour le changer. En vrai, la lutte est permanente. Lutter pour ne pas sombrer. Lutter pour ne pas se perdre. Lutter pour garder la tête haute hors de l’eau.

Impossible de savoir exactement d’où ça vient. Ce moment de bascule dans cette déprime interne. La sensation est toujours la même; vide et fébrilité. Plus envie de rien. Tout paraît insipide. Une envie persiste; rester là, livide. Et pourtant, bouger est un désir (vas-y comprendre quelque chose). Cette dualité, bien/mal, avec laquelle composer, sans pouvoir l’éviter.

Il est certain que je sais ce qu’il y a à faire mais pouvoir y arriver. Je ne veux pas vraiment. Je ne sais pas ce que je veux. J’ai du mal à vivre. Je me force. Je m’efforce de vivre de faire les choses que je dois, comme elles doivent être, comme elles doivent être faites. Et puis la lassitude l’emporte, la fatigue monte. Je voudrais ne pas être comme ça. Je sais que ça va passer. Mais pendant le laps temps de l’attente passive, j’ai du mal à entrevoir la fin. J’ai du mal à avancer. J’ai l’impression de vaciller. J’ai le sentiment de me délaisser, l’envie de me reprendre. Mais aussi et surtout, l’envie de ne plus quitter ce lit pour toujours, pourquoi pas. Ne plus rien avoir à faire, ne plus penser, ne plus respirer, ne plus manger. Je ne me sens plus la force de rien. Je ne peux pas en parler ni même parler.

J’entrevois d’ici le discours bien pensant et parfois bienveillant qui en quelques mots me dit que « bien sûr que ça va aller, bien sûr que tout va bien se passer, bien sûr que tu es forte (cet adjectif m’horripile quand il est utilisé pour qualifier la résilience). Il faut que tu bouges il faut que tu sortes. Il faut que tu vois du monde. Tu n’es pas comme ça. Tu es une battante. Tu vas voir ça va aller. Ne retourne pas tout dans tous les sens. Ne te fais pas autant de mal. »

Je ne me fais pas autant de mal. Je me bat. Parfois avec plus de rage que d’autres fois. Mais je tombe, retombe et tombe encore. Toujours plus fort, toujours plus loin, toujours un peu plus intensément. Et je me relève seule avec cet envie d’y arriver. Je vais y arriver mais arriver à quoi. Je suis la victime, non. Je suis le bourreau, non. Car le boureau dans mon cas n’est autre que la victime qui devient l’héroïne. Tous s’acharnent dans ce cercle vicieux – vertueux de hauts et de bas.

Dans cette ère, tout le monde va bien et clame le développement personnel. Moi, je veux oser exprimer le mal être. Je veux dire que ça ne vas et que c’est normal de l’exprimer.

Pas vendeur, mais nécessaire …

Il m’arrive parfois de sombrer, et dans ces moments-là, je réalise que, tout au fond du trou, il n’y a que moi. C’est étrange de constater à quel point je peux me sentir seule, mais c’est une réalité à laquelle je suis confrontée. Il semble qu’il n’y ait rien que je puisse faire pour changer cela. La lutte est constante, une bataille pour éviter de sombrer, de se perdre et pour garder la tête hors de l’eau.

La source de cette dépression interne est difficile à définir. Le basculement dans cet état est toujours le même : un vide, une fébrilité. Je n’ai plus envie de rien, tout semble fade. Je me retrouve à vouloir juste rester là, inerte. Et pourtant, une part de moi désire bouger (allez comprendre). C’est une dualité avec laquelle je dois composer, sans pouvoir l’éviter.

Je sais ce que je devrais faire pour aller mieux, mais trouver la force de le faire est une toute autre histoire. En vérité, je n’en ai pas vraiment envie. Je suis perdue, je ne sais pas ce que je veux. Vivre devient une tâche difficile, un effort constant. Je m’accroche aux responsabilités, aux obligations, mais la fatigue et l’ennui prennent le dessus. J’aimerais ne pas être comme ça. Je sais que cela passera, mais pendant cette période d’attente passive, il m’est difficile de voir la lumière au bout du tunnel. J’ai du mal à avancer, j’ai l’impression de vaciller, de m’effondrer, mais aussi et surtout, l’envie de tout laisser tomber pour toujours.

Je sens que je n’ai plus la force de rien. Je ne peux pas en parler, ni même trouver les mots pour le faire. Je vois déjà venir les discours réconfortants, parfois bienveillants, qui me disent que « tout ira bien, que je suis forte » (ce mot, « forte », m’irrite quand il est utilisé pour décrire la résilience). On me dit de bouger, de sortir, de voir du monde. On me dit que je ne suis pas ainsi, que je suis une battante, que tout ira mieux. Mais personne ne comprend la lutte intérieure que je mène. Je ne me fais pas autant de mal, je me bats. Parfois avec une rage dévorante, parfois avec moins d’énergie. Mais je tombe, je retombe, et je continue de tomber. Toujours plus fort, toujours plus loin, toujours un peu plus intensément. Et pourtant, je me relève seule, avec cette volonté farouche de m’en sortir. Mais m’en sortir pour quoi ? Je refuse d’être une victime, tout comme je refuse d’être le bourreau de ma propre souffrance. Car dans mon cas, le bourreau n’est autre que la victime elle-même, devenue son propre héros ou héroïne. Nous sommes tous pris dans ce cercle vicieux – ou peut-être vertueux – de hauts et de bas.

À une époque où tout le monde semble aller bien et prône le développement personnel, je veux oser exprimer mon mal-être. Je veux dire que ça ne va pas, et que c’est normal de le dire.

Pas vendeur, mais salutaire.

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